
Le Parlement européen a voté ce mardi sur le volet commercial de l’accord entre l’Union européenne et les États-Unis. Ce texte est déséquilibré, n’apporte aucune prévisibilité, et ne protége pas efficacement les intérêts européens face à une administration américaine toujours plus imprévisible.
La position du Parlement européen en mars me semblait déjà insuffisante bien qu’elle apportait quelques améliorations à celle de la Commission. J’avais alors voté contre, car le message que le Parlement aurait dû envoyer à Donald Trump est le suivant: l’Union européenne ne s’abaissera pas à accepter un accord inéquitable, qui prévoit 0 % de droits de douane sur les importations américaines alors que les exportations européennes restent soumises à des tarifs de 15%. D’autant plus que la Cour suprême américaine elle-même a considéré ces droits de douane comme illégaux.
Le texte issu des négociations avec le Conseil et la Commission européenne constitue malheureusement un net recul par rapport à la position adoptée par le Parlement au printemps. Les conditions qui encadraient l’accord dans la version du Parlement ont été affaiblies et une marge de manœuvre beaucoup trop importante est laissée à la Commission européenne. Or, jusqu’à présent, celle-ci n’a pas démontré une grande fermeté dans ses négociations avec l’administration Trump. Au lieu de défendre les intérêts européens, elle se contente de garanties vagues, imprécises et, surtout, non contraignantes.
J'estime également que cet accord ne peut être évalué indépendamment du contexte commercial actuel. Depuis l’annonce de l’accord de Turnberry, les États-Unis ont multiplié les menaces de nouveaux droits de douane, notamment au nom de prétendues pratiques de concurrence déloyale ou de la lutte contre le travail forcé.Rien ne garantit aujourd’hui que les tarifs américains resteront plafonnés à 15 % comme le prévoit l’accord. Les annonces répétées de nouvelles taxes montrent au contraire que les États-Unis se réservent la possibilité de modifier unilatéralement les règles du jeu. De la même manière, rien ne permet d’assurer que les surtaxes liées au règlement européen sur le travail forcé disparaîtront lorsque celui-ci entrera pleinement en application. La Commission européenne n’a obtenu que des promesses floues, qui ne figurent nulle part dans un engagement écrit.
Les tensions commerciales récentes démontrent la nécessité pour l’Union européenne de renforcer sa résilience économique plutôt que d’accroître sa dépendance à des partenaires peu fiables. Pour moi, la véritable réponse aux incertitudes mondiales ne réside pas dans une dépendance accrue à des partenaires instables, mais dans une Europe plus résiliente, plus solidaire et plus autonome. Cela passe par des investissements massifs dans l’industrie verte, une meilleure intégration du marché intérieur et des mécanismes capables d’orienter davantage l’épargne et les capitaux vers l’économie réelle européenne. L’Europe ne construira pas sa souveraineté économique sur l’imprévisibilité et le chantage.