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Les femmes gagnent en moyenne près de 40 % par an de moins que les hommes. Cet écart abyssal s’explique par le plus faible nombre d’heures de travail prestées par les femmes et le fait qu’un tiers d’entre elles sont en temps partiel. Une fois que l’on prend en compte ce facteur et qu’on raisonne en salaire horaire (brut), les femmes gagnent 16 % de moins que les hommes. Avec une différence limitée à 6 %, la Belgique est l’un des meilleurs élèves de la classe européenne tandis que l’Allemagne, souvent présentée comme l’exemple de modèle socio-économique à suivre fait partie des petits qui ferment la marche avec un différentiel de pas moins de 20 %. Dans les pays scandinaves bien connus pour leur relativement faible niveau d’inégalité sociale, l’écart s’élève à entre 12 et 16 %…

Le fait que les pays qui semblent bien performer en matière d’inégalité salariale homme-femme sont parfois ceux dont le taux d’emploi des femmes est particulièrement bas nous invite à ne pas tirer de conclusion quant au caractère « female-friendly » de leur marché du travail. En effet, la Roumanie est le pays caractérisé par le taux d’inégalité salariale le plus faible (3,5 %), mais c’est également l’un des cinq pays où le taux d’emploi des femmes est le plus bas (57,7 % contre une moyenne de 62,5 % pour l’UE et 58,4 % pour la Belgique qui ne fait guère mieux.). C’est comme si à partir du 4 novembre, les femmes travaillaient gratuitement jusque la fin de l’année.

Autre cause explicative qu’il ne faut pas négliger : la surreprésentation des femmes dans les secteurs peu rémunérateurs alors que les hommes occupent 80 % des emplois dans les secteurs qui paient le mieux. Mais, ici, on ne s’occupe que du travail rémunéré car les femmes sont aussi celles qui prennent le plus en charge les tâches à la maison et assument des responsabilités à l’égard des enfants ou des parents âgés.

 

Un débat en plénière pour demander à la Commission des mesures concrètes

Le Parlement européen débattait de ce sujet qui ne concerne pas que les femmes mais l’ensemble des Européens, avec de profondes inégalités et la pauvreté qui se font ressentir sur les enfants, en particulier dans les familles monoparentales où le chef de famille est une cheffe (ce qui est vrai dans 80 % des cas).

Nous, le groupe des Verts au Parlement européen, avons déposé un texte commun avec les groupes libéral, conservateur et socialiste. Ils y demandent à la Commission européenne de sévir et de veiller à ce que les États membres soient plus attentifs : au cas de discrimination, à l’écart en termes de salaire mais aussi sur le plan des pensions. Nous voulons que la Commission prenne des mesures pour contraindre les États membres à réduire significativement l’écart de rémunération dans les 5 ans et que, si cette trajectoire n’est pas respectée, elle leur adresse des recommandations chaque année si nécessaire.

Nous soutenons la volonté de la Commission de rendre les rémunérations plus transparentes dans le secteur privé mais aussi dans la fonction publique de manière à lutter contre les discriminations.

 

Une approche intersectionnelle

Une attention particulière doit être portée aux groupes confrontés à des formes multiples et intersectionnelles de discriminations, comme les femmes handicapées, les femmes migrantes et les femmes issues de minorités ethniques, les femmes roms, les femmes âgées, les femmes des zones rurales et faiblement peuplées, les mères célibataires et les personnes LGBTIQA+.

Nous avons rappelé que la violence et le harcèlement sexistes peuvent être aggravés par l’écart de rémunération entre hommes et femmes, puisque les victimes sont souvent obligées d’exercer des emplois moins bien payés à cause d’un environnement de travail hostile. C’est pourquoi notre texte demande « aux États membres de signer et ratifier la convention de l’OIT sur la violence et le harcèlement, de 2019, de mettre en place des mesures efficaces pour définir, prévenir et interdire la violence et le harcèlement sur le lieu de travail, y compris des mécanismes sûrs et efficaces de plainte et de résolution des différends, un soutien, des services et des recours.”.

L’extrême-droite ayant le vent en poupe et en particulier auprès d’un électorat féminin croissant, je profite de l’occasion pour rappeler que, bien que certains partis nationaux aient à leur tête une femme comme Marine Le Pen ou Alice Weidel (Allemagne), cette mouvance est une émanation des plus rétrogrades du patriarcat. Le groupe d’extrême-droite, ID, a déposé une résolution minimisant, voire niant le problème (« si une mesure adaptée est appliquée, l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes excède à peine la tolérance d’erreur statistique ») et ne faisant donc aucune proposition concrète pour y remédier.

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