Le Parlement européen votait aujourd’hui une résolution sur le travail des enfants dans les mines à Madagascar. C’est un sujet qui doit tou.te.s nous toucher. Parce qu’il s’agit d’enfants déjà, mais aussi parce qu’il en va de notre responsabilité en tant que consommateurs.trices. 

À Madagascar, l’un des pays les plus pauvres de la planète et frappé par des famines qui touchent plus d’un million de personnes, l’ONG “Terre des Hommes” estime que 11.000 enfants travaillent dans les mines de mica. Le mica ? C’est une famille de matières premières minérales. Elles sont ensuite retravaillées en Inde et en Chine et nous reviennent dans les produits électroniques et les véhicules. Contrairement au cobalt ou au nickel, les exploitations de mica, d’or ou de saphir sont de type artisanal ce qui les rend moins facilement contrôlables, surtout par une administration désargentée et gangrenée par la corruption. Et il ne faut évidemment pas compter sur le secteur pour s’autoréguler.

La résolution votée aujourd’hui vise à appeler chacun à ses responsabilités. Ainsi, Madagascar doit mettre en oeuvre les conventions de l’OIT (Organisation International du Travail) sur les pires formes de travail des enfants et sur l’âge minimum pour l’accès à l’emploi. Cela nécessite de déployer les moyens nécessaires et implique à une large échelle : de fournir une éducation de base, d’améliorer la couverture des soins de santé, d’assurer l’accès à de l’eau potable et d’améliorer les conditions sanitaires. Quant à l’Europe, elle doit travailler à un assainissement des chaînes de valeur des entreprises. C’est-à-dire des étapes qui précèdent la mise en vente des produits depuis l’extraction de la matière première (souvent déléguée à d’autres acteurs économiques, parfois agissant dans l’illégalité et l’opacité). Il faut aussi qu’elle revoit les priorités de sa politique commerciale conformément à l’annonce de la Présidente de la Commission d’une “tolérance zéro pour les biens dont la fabrication résulte du travail des enfants”.

Les Verts avaient introduit des amendements essentiels contenant des propositions concrètes à l’adresse de la Commission.

  • Nous lui demandions de travailler conjointement avec les États membres à la mise au point d’un mécanisme d’accès des populations lésées – ainsi que des syndicats et ONG – à des systèmes de plaintes et de réparation de la part d’entreprises qui se comporteraient mal.
  • Nous demandions aussi que d’inclure la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants dans tous les accords de partenariats économiques par le biais de mesures contraignantes.
  • Enfin, nous plaidions pour que l’UE cesse de mettre sous pression les pays en développement qui lèvent des taxes sur les exportations de matières premières ; cette pratique est compatible avec l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et leur permet de dégager des ressources fiscales qui peuvent financer des biens publics comme les systèmes de santé et d’éducation.

Il s’agit de points qui sont difficiles à entendre pour certains groupes politiques car cela déroge à l’habituel laisser-faire et impose des contraintes aux entreprises ainsi qu’une prise de conscience de nos actes d’achats.

Nos amendements sont passés (parfois à une ou quelques voix près) et notre Groupe a voté en faveur de la résolution, ce dont je me réjouis très fortement en ma qualité de co-présidente de l’intergroupe Droits des Enfants du Parlement européen.

Share This