Ces derniers jours et semaines les coupures de presse et déclarations politiques s’enchaînent sur le sujet des applications de tracking qui permettraient de sortir du confinement en traçant les déplacements et rencontres des personnes infectées. On peut s’interroger sur son efficacité et les risques en termes de protection des données et d’atteintes aux libertés individuelles.

 

De l’efficacité…

Tout d’abord, l’efficacité de cette application n’est pas garantie. Pour qu’elle le soit, plus de 70 % de la population devrait être équipée. Ce qui correspond à peu près au niveau d’équipement en smartphones. Un niveau plus faible pour les séniors dont 44 % possèdent un smartphone, alors qu’il s’agit des populations les plus à risque. Quant aux personnes en situation de précarité, elles ne sont pas nécessairement munies de smartphone non plus. 

Ces applications peuvent par ailleurs induire un faux sentiment de sécurité, qui pourrait engendrer un moindre respect des gestes barrières. 

Enfin, l’injonction, au nom de la protection sanitaire, de se soumettre “volontairement” au tracking peut conduire à des tensions sociales. Celles et ceux qui refuseraient cette application, qui ne disposent pas de smartphone ou qui ne savent pas s’en servir risquent-ils d’être stigmatisés ? Quelles pourraient être les conséquences des résultats et données collectées en termes de droits sociaux ? Quelles dispositions devra prendre un employeur ? La mise en quarantaine sera-t-elle décrétée sur base d’un simple alerte ? Selon quelles modalités et quel type d’indemnités ? En l’absence de politique de tests généralisés, l’efficacité de ces mécanismes est questionnable. 

 

Au-delà du mythe technophile

Ce type d’application est surtout un pied dans la porte de la protection de nos libertés : ce type de dispositif de surveillance doit être limité dans le temps et ne peut s’accompagner de fonctionnalités coercitives. Or l’expérience dans plusieurs pays montre que, malheureusement, les mesures exceptionnelles liées à l’état d’urgence se banalisent dangereusement. La situation est particulièrement préoccupante en Hongrie et en Pologne mais, où que nous soyons, nous ne devons pas baisser la garde. Ce type d’application nous détourne des moyens réellement nécessaires à notre protection et à celles des autres. Des masques, des tests, la distanciation physique, l’hygiène.

Le Parlement européen, sous l’impulsion du groupe des Verts, a posé des balises strictes dans une résolution adoptée le 17 avril dernier. Des balises qui complétées par une résolution présentée à la Chambre par mes collègues Ecolo-Groen : 

  • application sur la base du volontariat;
  • strict respect du règlement sur la protection des données – RGPD et de la directive e-privacy; 
  • stockage décentralisé des données;
  • limitation du stockage dans le temps; 
  • logiciel en open source;
  • etc.

Plus d’infos :  la Résolution du Parlement européen (paragraphes 51 à 53) et la Résolution déposée à la Chambre

Après avoir annoncé un vote à l’Assemblée nationale ce 29 avril, le gouvernement français a fait marche arrière, estimant que le vote serait prématuré compte tenu des incertitudes liées à l’usage de ces technologies. 

En Belgique, la mise en oeuvre d’une application de cet ordre semble écartée pour le moment. Des systèmes de tracing téléphoniques, via des call center, seront mis en oeuvre sous l’égide des régions dans les prochaines semaines. 

Pour autant, il est crucial de ne pas relâcher la pression sur ces sujets sensibles. Il n’est pas rare dans l’histoire que des reculs de nos libertés individuelles aient eu lieu suite à des dispositifs mis en oeuvre pour sortir de crises comme celle que nous traversons aujourd’hui. Des mesures qui ont été intégrées par les populations et les Gouvernements, mais qui mettent progressivement en péril les fondements de nos démocraties.

Share This