Cette semaine, la Commission européenne a présenté ses ambitions pour un renouvellement de l’approche européenne concernant l’Afrique. La nouvelle Stratégie repose sur 5 piliers ou partenariats sur :

  1. La transition verte et l’accès énergétique ;
  2. La transformation numérique ;
  3. Une croissance et des emplois durables ;
  4. La paix et la bonne gouvernance ;
  5. La migration et la mobilité.

 

D’emblée, la Commission indique qu’elle veut mettre au cœur de la Stratégie l’Agenda pour le Développement Durable, l’Accord de Paris et l’Agenda 2063.

C’est nécessaire non seulement pour mener à bien la transition écologique – alors que l’Afrique est et restera la première victime des changements climatiques – mais aussi pour mieux intégrer les économies africaines les unes aux autres, ce qui les renforcera face au reste du monde.

 

Cohérence des politiques et investissements

La réussite de ces ambitions dépend de deux choses : la cohérence des politiques européennes et des investissements colossaux. Or depuis des décennies (UN 1970) alors que les Etats membres ont convenus de consacrer 0,7 % de leur PIB à l’aide publique au développement, nous ne dépassons toujours pas le demi-point de PIB avec 0,45 % en 2018.

D’autres leviers doivent être actionnés. Comme de soutenir – via une assistance technique et une coopération entre les administrations fiscales – la collecte de l’impôt dans les pays africains. Les recettes publiques atteignent 17 % du PIB, soit même pas la moitié des 40 % observés en moyenne dans l’UE. Comment réaliser les objectifs de la Stratégie, notamment en matière d’éducation, de service de santé de qualité, d’approvisionnement en eau potable, d’infrastructures de transport et énergétique, si les pays africains ne sont pas en mesure de les financer ? Nous en venons ici à la cohérence des politiques menées par l’UE.

A cet égard, les taxes prélevées sur le commerce international représentent un quart des rentrées fiscales / du budget des pays d’Afrique subsaharienne. Les accords commerciaux qui visent à libéraliser et donc à réduire les tarifs douaniers mettent en péril le financement des biens et services publics. Une contradiction à laquelle il faut apporter des réponses.

D’autre part, la Stratégie s’engage en faveur de la sécurité alimentaire, de l’agriculture locale et de la pêche durable ainsi que de la biodiversité. Or, les exportations européennes de produits agricoles et subventionnées vers ces pays (pensons par exemple au lait en poudre exporté vers l’Afrique) déstructurent le secteur paysan et fragilisent la condition des femmes dont le rôle est décisif dans les fermes artisanales. De la même manière, pointons les dégâts causés par les bateaux de pêche européens (largement subventionnés eux aussi) au large des côtes africaines. Ce n’est rien d’autre qu’un pillage des ressources halieutiques qui se déroule sous nos yeux.

Si la stratégie pour l’Afrique est pavée de bonnes intentions, les populations africaines (qui seront presque aussi nombreuses que les populations asiatiques dans quelques décennies) doivent en être les premiers bénéficiaires. C’est là l’un des enjeux majeurs pour notre siècle et la différence politique que doit imprimer l’UE en s’engageant dans un véritable partenariat avec l’Afrique.

 

Le secteur privé oui, mais à certaines conditions de durabilité

Constatons aussi que la Commission européenne compte s’appuyer plus encore que par le passé sur les acteurs privés pour faire fonctionner le partenariat intercontinental avec un rôle clé des entreprises et des investisseurs. Si les apports de chaque sphère de la société sont les bienvenus, évitons que l’accent mis sur ces acteurs ne conduise à un plus grand accaparement des ressources (naturelles en particulier) de l’Afrique.

L’UE doit donc se doter d’un cadre définissant la responsabilité sociétale des entreprises. Des initiatives en matière de lutte contre les déforestations illégales et les minerais de conflit sont déjà en cours ou en passe d’entrer en vigueur. Un pas dans la bonne direction à assortir d’un mécanisme permettant aux populations locales qui s’estimeraient lésées par des comportements inappropriés des entreprises européennes actives sur place et de leurs relais locaux, de s’adresser à une instance pour faire enregistrer leur plainte et obtenir réparation.

 

Un continent en 1ère ligne face aux impacts du changement climatique

Le continent africain est responsable d’à peine 5 % des émissions de CO2 jamais émises. Et pourtant, il est et restera le théâtre des impacts les plus dévastateurs des changements climatiques, si bien que la sécurité alimentaire et la viabilité dans certaines zones pour cause de températures extrêmes et d’assèchement des fleuves et bassins, sont remises en question. Les inondations et changements dans les moissons pourraient remodeler les paysages et entraîner davantage de déplacements de populations, source d’instabilité sociale et politique.

Une fois encore, les femmes, majoritairement responsables de l’alimentation, en sont les premières victimes. Les projections font état d’une augmentation des températures d’au moins 1,5 fois la hausse observée en moyenne sur la Planète. Autrement dit, si l’on se dirige vers un scénario de hausse de 3 degrés d’ici la fin du siècle (soit le double de ce que vise l’Accord de Paris) à politiques inchangées, alors les températures augmenteraient de plus de 5 degrés en Afrique…

 

Les femmes au cœur des préoccupations

Les femmes sont dûment prises en compte au sein de la Stratégie, en raison des discriminations et des violences dont elles sont victimes mais aussi en lien avec l’incontournable transition écologique. En février dernier, le Parlement européen avait adopté une résolution sur les conditions des femmes dans le monde. Ce rapport mettait en exergue comment d’une part, elles étaient les plus vulnérables aux changements climatiques et d’autre part, elles étaient le plus susceptibles d’agir pour y faire face. Une question transversale qui nous appelle à adopter des politiques qui tiennent compte des impacts spécifiques sur les populations les plus vulnérables.

 

Je serai cheffe de file des Verts pour la définition de la position du Parlement européen à l’égard de cette Stratégie. Je m’emploierai à une meilleure prise en compte des points que je viens d’évoquer ci-dessus et suis preneuse de votre expertise et de vos suggestions pour continuellement renouveler et améliorer le partenariat indispensable entre l’Union européenne et l’Afrique.