Les Nations unies organiseront du 9 au 20 mars prochains, la 64e session de la Commission sur la condition des femmes. Ce sera l’occasion de revenir sur la Déclaration et le Plan d’Action de Beijing, 25 ans après leur adoption. Ces documents sont une feuille de route adoptée par 189 États membres pour promouvoir l’égalité des sexes et lever les contraintes à l’autonomisation des femmes dans le monde. Un quart de siècle a passé et malgré l’appui apporté par 189 pays, beaucoup de progrès doivent être fournis dans nombre de domaines (écart de rémunération et de pensions, discrimination dans l’accès à la terre, à l’emploi, aux formations, répartition des tâches, violence…) comme l’atteste le film Woman (actuellement au cinéma) des réalisateurs Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand.

Le Parlement a adopté une résolution sur base d’un texte déposé conjointement par les Verts, les Libéraux, les Conservateurs, les Socialistes et la Gauche radicale. Le groupe de l’ECR et l’extrême-droite ainsi qu’une série de conservateurs du PPE (dont la tête de liste Les Républicains) n’ont pas soutenu le texte.

Le Parlement y dénonce :

  • le recul des droits des femmes et des personnes LGBTQI*,
  • les limitations aux droits sexuels et reproductifs,
  • l’interdiction de l’éducation sexuelle et des études de genre : car ce sont des atteintes graves à la démocratie.

Le Parlement rappelle que la situation des femmes laisse aussi à désirer dans nos pays :

  • 1 femme sur 2 rapporte avoir été victime d’harcèlement sexuel ;
  • 1 sur 3 de violences physiques et/ou sexuelles ;
  • 2/3 des victimes du trafic d’êtres humains sont des femmes ;
  • Le cyberharcèlement vise principalement des femmes.

Le Groupe des Verts au Parlement européen organise d’ailleurs le 4 mars une conférence sur les violences faites aux femmes.

Dans cette résolution, les eurodéputés rappellent leur attachement à la Déclaration et au Plan d’action de Beijing et à l’importance d’ONU Femmes pour accompagner les pays à mener à bien ce combat, ce qui nécessite un financement approprié de cette entité.

Nous y insistons, pour la énième fois, pour que les accords de commerce et d’investissement fassent l’objet d’une évaluation préalable quant à leurs impacts potentiels sur les femmes et que, lors de leur supervision, cette dimension du genre ne se perde pas. Alors que cela semble aller de soi, le rapport de la Commission sur l’exécution de la politique commerciale en 2018 – qui fut discuté cette semaine en commission parlementaire – n’évoque pas une seule fois (sur 40 pages !) les effets différenciés selon le genre. En tant que cheffe de file des Verts dans l’avis que le Parlement européen remettra sur ce rapport, je ferai en sorte que cette critique soit bien intégrée et que la Commission y donne les suites nécessaires.

Une partie significative de la résolution porte sur les changements climatiques et les femmes. Car si elles en sont affectées de manière disproportionnée, elles jouent un rôle important pour atténuer le phénomène à maints égards.

Les eurodéputés y abordent également la question de la taxation, qui se fait ressentir plus douloureusement pour les femmes (mon collègue vert espagnol, Ernest Urtasun, avait d’ailleurs rédigé un rapport sur cette question précise afin d’en décortiquer les ressorts et d’en proposer des remèdes). Pour cela, comme dans d’autres domaines, il conviendrait de disposer de données plus précises ventilées par genre, ce qui requiert un investissement nécessaire de la part des gouvernements.

L’ensemble des eurodéputés ayant voté cette résolution demandent que l’UE elle-même et tous les États membres qui ne l’ont pas encore fait (c’est-à-dire, la Bulgarie, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie, la Lituanie et la Lettonie – et avant le Brexit, la liste aurait pu s’allonger du nom du Royaume-Uni) ratifient la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique.

Autre point d’attention spécifique : la demande de mettre en place des procédures d’asile et d’immigration qui soient plus sensibles aux conditions des filles et des femmes dans leur pays d’origine et aux risques qu’elles y encourent.

Enfin, les ONG de défense des droits des femmes et des LGBTQI* doivent bénéficier de financements adéquats pour pouvoir exercer pleinement leurs missions.

Il semblerait que tous ces points soient inacceptables pour le groupe des eurosceptiques de l’ECR (dont la NVA est membre et en exerce une vice-présidence). Ils n’ont pas apporté leur soutien à cette résolution. Pour info, ce groupe de 61 eurodéputés ne compte que 31 % de femmes dans ses rangs contre une moyenne de 41 % pour l’ensemble du Parlement et 48 % pour les Verts.