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La Commission européenne a présenté aujourd’hui sa nouvelle stratégie commerciale. Ce document était attendu, notamment en tant qu’élément central de la politique européenne de lutte contre le changement climatique.

La stratégie commerciale européenne présentée aujourd’hui est une déception face à l’ampleur des défis et des recommandations qui avaient été émises dans le cadre de la consultation, notamment par le Parlement européen. Cela est clairement insuffisant pour rendre la politique commerciale européenne compatible avec les objectifs du Green Deal et de l’Accord de Paris ainsi que les Objectifs de Développement Durable. »

Je regrette notamment que la stratégie proposée ne tienne pas compte des critiques exprimées par la société civile contre le projet d’accord de commerce UE-Mercosur (avec le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay) et le projet d’accord sur les investissements CAI (avec la Chine). La Commission a fait le choix de ne pas utiliser sa politique commerciale comme un outil au service de la lutte contre le réchauffement climatique et en faveur des droits humains.

Des accords qui m’inquiètent

La volonté de ratifier l’accord UE-Mercosur est réaffirmée, sans engagements contraignants en faveur du climat et de lutte contre la déforestation. Le projet de conclure les discussions sur le CAI (Accord d’investissement avec la Chine) est également soutenu, alors que la politique de la Chine à l’égard des Ouïghours nous montre chaque jour ce que valent ses engagements en matière de respect des droits humains.

Un catalogue d’intentions

De manière générale, il est dommage que cette communication ne soit qu’un catalogue d’intentions, sans engagements concrets pour permettre à l‘UE d’atteindre les objectifs qu’elle s’est fixée dans le cadre de l’Accord de Paris. Comme pour la Politique agricole commune, la Commission rate le tournant historique qu’elle devait faire prendre à sa politique commerciale en ne proposant pas le nécessaire changement de paradigme. Sa politique n’est pas alignée avec les objectifs du Pacte vert européen et en reflète vaguement les intentions.

Je regrette également l’absence de propositions concrètes pour préserver la biodiversité, pour lutter contre le travail des enfants, pour réduire les inégalités de genre. Alors qu’on attendait de l’ambition en matière de commerce équitable et d’aspects sociaux, cette stratégie est même en recul par rapport à la précédente stratégie de 2015.

Rien contre les pandémies

Enfin, alors qu’aujourd’hui, il est devenu incontestable que le commerce international peut exacerber les déforestations et donc, la destruction d’habitats naturels qui est un facteur de dissémination des agents pathogènes (zoonoses) comme le Covid-19, il est surprenant que cette causalité soit un angle mort de la communication.

La Commission pratique la politique de l’autruche en ignorant la responsabilité des flux commerciaux dans la perte de biodiversité et l’émergence des zoonoses. Cette ‘omission’ est grave, inacceptable et va à l’encontre de l’approche holistique ‘One Health’ promue par les Nations Unies selon laquelle la santé humaine est enchevêtrée avec la santé des animaux et celle des écosystèmes. Je déplore aussi par conséquent l’absence de toute référence au bien-être animal dans les 23 pages de la communication.

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