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J’ai auditionné le nouveau commissaire européen au Commerce, V. Dombrovskis (remplaçant le Commissaire Hogan, qui a du démissionner cet été pour avoir enfreint des règles COVID dans son pays) avec mes collègues membres de la Commission commerce international (INTA) du Parlement européen.

Cette audition doit valider son « aptitude à remplir la fonction de Commissaire« . Mr Dombrovskis est déjà Vice-Président de la Commission européenne en charge de l’économie. Une partie de ses compétences iront à McGuinness, nouvelle Commissaire irlandaise et il reprendra le portefeuille commercial.

S’il y a un monde de différence entre son approche davantage orientée vers le Pacte vert européen et celle de son prédécesseur qui en ignorait tout, c’est à l’épreuve des faits que nous verrons si les intentions se traduisent en actes.

Car aux questions très concrètes que voici, il n’a répondu que par des principes :

  • Sur la ratification du Mercosur, vraisemblablement incompatible avec le Pacte vert européen, il reconnait qu’il n’est pas ratifiable en l’état et que des avancées doivent avoir lieu sur le plan de la déforestation (qui est un réel problème mais loin d’être le seul) et qu’il est hors de question de renégocier l’accord négocié pendant 20 ans sur base d’un mandat qui ignorait tout du changement climatique, de l’économie circulaire ou des circuits -courts alimentaires !
  • Du bœuf aux hormones dans nos assiettes, restons discrets sur ce scandale qui fait peu d’émois jusqu’à présent dans le chef des européens : jusqu’à ce que le consommateur en soit avisé.
  • L’accord de Paris doit faire partie intégrante des (nouveaux !) traités commerciaux. Mais il n’envisage pas le retrait de l’Union européenne d’un traité qui nous lie pour minimum 20 ans et protège les investissements – et donc les industries – dans les énergies fossiles et pourraient entraver les investissements publics dans la transition énergétique (le fameux  traité ECT dont je vous ai déjà parlé).
  • Sur le volet des droits humains, il commençait sa prise de parole en affirmant que « le commerce, c’est bien plus que ça », mentionnant la possibilité de recourir à des mesures unilatérales en cas de non respect des droits humains. Mais il n’a pas répondu aux demandes émanant des parlementaires de les actionner à l’égard de la Chine qui recourt au travail forcé des Ouighours. Pourtant, l’UE négocie actuellement avec la Chine un accord sur les investissements. Il n’a pas répondu non plus quant au Vietnam (qui vient de ratifier un accord commercial avec l’UE) tout en condamnant à mort deux vietnamiens à l’issue d’un procès inéquitable.
  • Sur le travail des enfants, sa réponse fut pour le moins surprenante : « nous faisons du commerce ». Comment être cohérent alors avec l’engagement « zéro tolérance à l’égard du travail des enfants » et le décliner en actions concrètes, notamment via la politique commerciale ? Je ne lâcherai pas le morceau car la politique commerciale est un des leviers pour faire reculer le recours au travail des enfants.

Dans la lignée des deux derniers exemples : nous exigeons une interdiction des produits issus du travail forcé ainsi que du travail des enfants sur le marché européen.

Bref, vous l’aurez compris, un Commissaire qui semble ouvert à travailler avec nous mais qui ne sera pas à l’initiative d’une réforme fondamentale de la politique commerciale européenne. Pouvions nous espérer davantage de la part d’un PPE ? C’est donc à l’usage que nous verrons comment avancer avec ce nouveau Commissaire en vue de faire de la politique commerciale un outil au service des citoyens.

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