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Ceci n’est pas le monde « d’après » que nous voulons, celui de la relocalisation des productions, du respect des travailleur.euse.s et de l’environnement. L’actualité nous jette au visage une flagrante contradiction : d’une part les besoins affirmés par tou.te.s de relocaliser et d’avoir une politique moins dommageable pour l’environnement et d’autre part, le business as usual qui se poursuit au sein de la Commission européenne.

Il y a quelques jours, je vous faisais part d’une lettre ouverte de 258 ONGs s’insurgeant de la poursuite des projets de libéralisation comme si de rien n’était et demandant aux décideurs mondiaux un moratoire de manière à concentrer toutes les énergies contre le COVID-19 et pour la mise en place d’une sortie de crise qui soit durable.

Force est de constater que cela n’a guère ému les autorités européennes puisque, mardi dernier, celles-ci annonçaient avoir conclu un accord de libre-échange avec le Mexique, après 4 ans de discussions. Il s’agit d’une version modernisée du précédent accord datant de 2001. L’accord contient également un mécanisme de protection des investissements, une première pour un accord avec un pays d’Amérique latine. La Commission se félicite que l’accord contienne des dispositions contre la corruption et le blanchiment d’argent. Mais, ne tombons pas dans le panneau car l’accord ne fait que répéter que “les Parties rappellent leurs engagements” pris en vertu d’autres conventions internationales.

Le Traité pose les mêmes problèmes que les textes similaires. La publication de la Stratégie UE “de la fourche à la fourchette” (#Farm2Fork) visant à rendre le secteur agricole plus vert et à promouvoir les circuits-courts a été reportée à une date ultérieure. On est effaré de voir que l’accord remet une pression supplémentaire sur nos agriculteur.trice.s qui feront face à une concurrence déloyale du Mexique. Ceci illustre à nouveau à quel point la DG Trade de la Commission ne se sent pas concernée par le Pacte vert européen.

Nous sommes ici à des années-lumière des déclarations à ce sujet de la Présidente Von der Leyen et en contradiction avec l’Article 7 du Traité (qu’apparemment les négociateurs ignorent) : “L’Union veille à la cohérence entre ses différentes politiques et actions, en tenant compte de l’ensemble de ses objectifs et en se conformant au principe d’attribution des compétences.”.

Indépendamment du contenu de l’accord et contrairement à ce que prévoit le Traité en termes d’information en temps réels du Parlement par la Commission à chaque étape, nous sommes choqués que nous, membres de la Commission du Commerce International, ayons découvert par la presse la conclusion de l’accord. Certes, la Commission avait été mandatée pour faire avancer l’accord, mais la finalisation des travaux me donne l’impression que, outre l’infraction envers le Traité, cette étape vient d’élargir le déficit démocratique de l’UE. En voulant conclure un accord dans un contexte où tout devrait, au contraire, nous pousser à revoir notre interdépendance et nos modèles de production (ici comme ailleurs) n’envoie pas un signal positif aux citoyen.ne.s. 

La prochaine étape sera la signature officielle de l’accord, puis celui-ci sera présenté dans deux ans (après un dernier travail effectué par les juristes-linguistes) au Parlement européen pour sa ratification.

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