Mon courrier aux autorités européennes

 

Ces deux derniers mois, il ne vous aura pas échappé que l’urgence a été la gestion de la pandémie et la préparation de la sortie de crise. Focalisés sur nos propres problèmes – tout-à-fait légitimes et d’une ampleur inédite pour l’UE -, nous n’avons pas pris conscience que le ralentissement de l’activité (et donc de la consommation) pouvait produire des effets catastrophiques à l’autre bout de la planète.

Comme toutes les entreprises, celles du textile ont fait face à une baisse des achats des consommateurs.trices. Certaines d’entre elles ont répondu à cette situation en abusant de leur rapport de force à l’égard de leurs sous-traitants, souvent localisés dans les pays pauvres. C’est ainsi qu’elles ont tout simplement refusé d’honorer le paiement des commandes passées avant la crise.

C’est le cas de la moitié des donneurs d’ordre aux sous-traitants bangladais. Entre 70 et 90 % d’entre eux n’ont pas payé les commandes déjà réalisées (et prêtes parfois à être expédiées), ni même proposé de dédommagements. 60 % des usines ont donc dû fermer leurs portes. Ces chiffres datant de la fin mars, il est probable qu’ils se soient aggravés depuis.

Ces entreprises profitent du fait que personne ne se soucie réellement de ce qui se passe actuellement à 10.000 kilomètres d’ici. Elles décident donc d’ignorer les conséquences de leurs comportements, alors même qu’elles affichent une politique en matière de responsabilité sociétale.

  • Leurs politiques d’achat, déjà avant les ravages du COVID19, ne permettent pas à leurs sous-traitants et à leurs travailleur.euses (il s’agit à 80 % de femmes) de vivre correctement. Dans ces conditions, les familles n’ont d’autres choix pour survivre que de détourner les enfants de l’école et de les mettre au travail.
  • Le coronavirus a amplifié les problèmes : l’annulation de commandes sans honorer les paiements dus et sans assumer les conséquences sociales (alors que les travailleurs.euses ne peuvent compter sur des systèmes de sécurité sociale) est criminel, surtout qu’au-delà du sort des ouvriers et ouvrières, il y a celui de leurs familles et des communautés.

Comme vous le savez, je porte une attention particulière au secteur du textile car il nous concerne tous et toutes, et a des ramifications parfois insoupçonnées. Je vous en avais déjà entretenu il y a quelques semaines. J’ai donc pris l’initiative de réunir des eurodéputé.e.s pour que l’UE agisse : 56 se sont ralliés au courrier que j’ai adressé à la Commission. Celle-ci ne peut pas, à l’heure actuelle, s’appuyer sur une loi européenne pour contraindre les entreprises à se comporter correctement (même si beaucoup prennent leurs responsabilités au sérieux et agissent en conséquence). Mais elle peut (comme elle l’a fait envers les entreprises chimiques et pharmaceutiques en les incitant à mettre les bouchées doubles pour lutter contre le coronavirus) s’adresser à elles et les exhorter à changer d’attitude.

La situation est urgente et doit être corrigée sans tarder afin de réduire les impacts dévastateurs sur les pays concernés.

Ci-dessous un aperçu du courrier :

Envie d’apporter votre soutien ? N’hésitez pas à signer la pétition d’achACT.

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