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Nous avons voté hier un dossier que je suivais pour les Verts européens. Il s’agissait d’un accord visant à autoriser des importations de bœufs américains (sans hormones) dits de « haute qualité ». Cet accord de commerce bien ciblé résulte d’une visite de Jean-Claude Juncker, à l’époque Président de la Commission, en juillet 2018 à Donald Trump dans le but d’éviter la fureur et les rétorsions commerciales que celui-ci voulait imposer. Elles auraient frapper l’Europe et plus particulièrement certains secteurs comme l’automobile et les pièces détachées. Pour le dire sans ambiguïté, c’est l’ industrie allemande qui était dans le collimateur.

Les volumes concernés ne sont pas de nature à mettre en péril dans l’immédiat les producteurs européens, étant donné que les États-Unis doivent procéder à des adaptations qui ne se feront pas du jour au lendemain et que, dans le même temps, les USA prennent en quelque sorte la place du Brésil et de l’Australie (pays qui bénéficieront quand même d’autres canaux pour exporter en Europe). Les Verts ont suivi la consigne de vote qui était le rejet de l’accord. En effet, au-delà des importations de bœufs, se posent plusieurs questions que beaucoup cherchent à balayer sous le tapis.

D’abord, est-il bien légitime de prendre l’agriculture comme variable d’ajustement des accords commerciaux, alors que la réforme de la PAC n’est pas finalisée et que les petit.e.s agriculteur.trice.s rencontrent des difficultés telles que beaucoup abandonnent leurs exploitations ? Aussi, est-il bien raisonnable de courber l’échine devant Trump pour préserver les intérêts d’un secteur vieillissant marqué par une sur-production, et à l’heure actuelle, pas en phase avec les besoins d’une transition écologique digne de ce nom ? Enfin, jusqu’où l’Europe présentée comme « nain politique mais géant économique » va-t-elle s’abaisser devant Trump qui ne montre aucun signe de vouloir pacifier les relations commerciales internationales ?

Au début de ce mois, les US notifiaient formellement aux Nations Unies leur retrait de l’accord de Paris, un mois avant la COP25 qui se tiendra en décembre. Trump à dégradé (temporairement) le statut de l’ambassadeur de l’Union Européenne à Washington DC. Mais aussi, sujet dont on parle peu, en bloquant des nominations à l’OMC, Trump rend inopérant un mécanisme qui évite que la loi du plus fort règne dans les relations commerciales en cas de litige entre deux pays.

A un moment donné – et c’est le sens de la recommandation de ce rejet – il faut cesser de tendre l’autre joue et d’affirmer une vision européenne. Seulement voilà, l’Europe est prise au piège de la surpuissance allemande qui refuse de remettre en cause son moteur économique fondé sur toujours plus d’exportations. Malheureusement, cela nous pénalise car les États-Unis représentent 20 % du surplus commercial allemand. Cela explique la peur panique des Allemands lorsque Trump lève un sourcil.

Ainsi, le sujet du bœuf américain a des ramifications bien plus larges qui sont de nature à poser des questions existentielles à l’Europe.

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