Non, le bien-être animal est étroitement lié au bien-être global « One Welfare » et à la préservation de notre… santé ! En effet, le lien entre le coronavirus et la question animale n’est pas mince : les zoonoses ou agents pathogènes de l’animal transmis à l’Homme qui peuvent se révéler mortels pour lui, peuvent se voir amplifiés et leur propagation accélérée par la déforestation, l’élevage industriel et les marchés locaux d’espèces sauvages. 

Ce n’est pas la première fois que je pointe le lien entre tous ces phénomènes sur lesquels l’UE se doit d’agir :  

Renforcer les normes sanitaires 

Dans le cadre de la Stratégie UE-Afrique en cours de conception, je demande que l’UE use de son influence pour relever les normes sanitaires et phytosanitaires, les normes de bien-être animal et travaille étroitement avec les pays africains dont le climat tropical présente un environnement propice à l’éclosion de telles maladies.

 

Mettre fin au commerce d’animaux venant de pays à risque 

J’ai également demandé au Commissaire Hogan, en charge du commerce, que les importations d’animaux émanant de pays risqués soient interditesUn commerce despèces animales qui présente une dimension illégale importante avec, selon plusieurs sources, la Belgique comme plaque tournante de cette activité qui rapporte énormément d’argent à des organisations criminelles. 

 

Faire contribuer le commerce à la réalisation des Objectifs de Développement durable 

Eurogroup for Animals, organisateur d’un webinar auquel je participais cette semaine*,  a produit une étude en février indiquant dans quelle mesure – et parfois de manière surprenante – le bien-être animal concourt à la réalisation des Objectifs du Développement Durable. Qualité de vie des populations locales ; activité économique inclusive offrant des emplois décents pour tou.te.s ; réduction des inégalités ; modes de production et consommation plus sains ; lutte contre les changements climatiques. Autant de domaines sur lesquels la garantie d’un bien-être animal a des répercussions positives. Renforcer le bien-être animal par le biais de notre politique commerciale permet donc de contribuer à ces objectifs transversaux.

 

Bien-être animal, alimentation, biodiversité… : la politique commerciale européenne doit se mettre au diapason 

Au cours du même séminaire, le professeur Thijs Kuiken a souligné les facteurs d’émergence de zoonoses telles que le covid19 qui ont été multipliées par 4 en 30 ans. Parmi ces facteurs, il pointe notamment le nombre croissant d’animaux en élevage, leur commerce croissant et la destruction des habitats naturels où s’implantent de nouvelles populations humaines. Il a démontré le commerce illégal polycentrique axé sur l’Europe, l’Asie, l’Afrique de l’Est et les Emirats Arabes Unis / Qatar.  

 

Cette carte confirme que, vu sa position dans ce trafic, l’UE a la capacité d’intervenir pour juguler ce commerce via sa politique commerciale et doit prendre de nouvelles mesures la concernant. La politique commerciale doit donc être mise en conformité avec la récente Stratégie UE pour la “biodiversité” censée apporter une réponse à l’alerte lancée par le GIEC de la biodiversité face au taux d’extinction sans précédent des espèces et son accélération (rapport de l’IPBES 2019) 

Le professeur Kuiken plaide pour une réduction du nombre d’animaux élevés à des fins de consommation ainsi qu’à une réduction des œufs et de produits laitiers. Ici, c’est le lien avec la Stratégie de la ferme à la table qui apparait évident. En effet, les impacts environnementaux des chaînes de valeur alimentaire sont considérables : 26 % des émissions de GES, 32 % de l’acidification terrestre, 78 % de l’eutrophisation. Remplacer les animaux par des protéines végétales permettrait de réduire ces impacts de moitié. L’amélioration du sort des animaux est donc dans l’intérêt de tous, en particulier des générations futures. 

 

Les impacts indéniables de l’accord UE-Mercosur 

Taís Toledo, experte intervenant pour Animal Equality Brasil a montré comment l’accord UE-Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) aggraverait la situation des animaux en stimulant les exportations des agroindustriels qui pratiquent l’élevage industriel dans des conditions abominables.

 

Des élevages de volaille en batterie qui augmentent les risques de salmonelle 

Si l’UE a interdit l’usage des cages en batterie pour l’élevage des volailles, celles-ci restent courantes dans les pays du Mercosur. C’est un enjeu de santé publique évident les volailles élevées dans un tel contexte étant plus susceptibles de développer la salmonelle. Un fait corroboré par le système d’alerte entre les Etats membres sur la sécurité des produits.

 

Un usage excessif d’antibiotiques pour compenser de mauvaises conditions d’élevage qui rendent les animaux malades 

Par ailleurs, la résistance antibiotique est considérée par l’OMS comme l’une des plus grandes menaces pour la santé publique, la sécurité alimentaire et le développement des pays. Or, les produits antimicrobiens sont largement utilisés dans les pays du Mercosur pour compenser de mauvaises conditions d’élevage : des animaux ne voyant pas la lumière du jour, entassés les uns sur les autres.

 

Des conditions de travail dignes de l’esclavage 

Il en va également des conditions de travail car le risque pour les ouvriers de se blesser au niveau des bras dans les grandes exploitations d’élevage de volailles et de cochons est 743 % plus élevé qu’ailleurs. 40 % du travail assimilé à de l’esclavage est à retrouver du côté de l’élevage de bétail.

 

Des déforestations pour élever du bétail exporté en Europe et cultiver du soja qui nourrit les animaux européens 

Pour satisfaire une demande européenne croissante en viande, les terres consacrées à la culture de soja consommé par les animaux destinés à l’abattage ont presque quintuplé entre 1980 et 2009. Or, l’empreinte écologique de cette culture est très lourde. On estime ainsi que 18 % des déforestations entre 2002 et 2006 ont été causées par les importations européennes de soja et de boeuf. Un pic de déforestation a été observé en 2018, année coïncidant avec une demande record des Européens pour le boeuf brésilien. 

 

Des animaux au travail, précieux soutien aux communautés locales 

Le Dr Joe Collins a évoqué le cas particulier des ânes. On y pense peu dans nos pays hyperconnectésdématérialisés où la voiture règne en maître, mais 110 millions d’ânes sont des facteurs vitaux de développement pour des communautés locales. Ils sont utiles pour garantir des rentrées d’argent, pour apporter de l’eau – rappelons qu’une personne sur trois dans le monde ne jouit toujours pas d’un accès à l’eau potable – et facilitent le trajet des enfants vers des écoles parfois éloignées. Ils sont une alternative abordable alors que ces communautés manquent cruellement d’argent. Bien entendu, plus les équidés se portent bien, plus ils sont productifs et cela rejaillit sur l’ensemble des populations concernées. Partant de l’exemple des équidés qui revêtent un rôle capital, on voit que les animaux contribuent à l’amélioration des conditions de vie des populations. Il est donc important que dans les accords commerciaux, l’UE qui prétend promouvoir la réalisation des Objectifs de Développement Durable, insère des dispositions en matière de bien-être animal. A l’OMC, se développe depuis plusieurs années une jurisprudence sur laquelle se fonder pour éviter que des pays hostiles à cette approche n’attaquent l’UE au motif que de telles exigences relèveraient d’une forme de protectionnisme déguisé. 

 

Ainsi, le bien-être animal est bel et bien une affaire de bien-être global ; outre la préoccupation qui interroge sérieusement le rapport des humains à la Nature et d’une alimentation qui préserve la santé, c’est un levier direct pour soutenir nombre de populations locales à travers le monde et, à plus grande échelle, pour nous permettre de garder une Planète viable dans les prochaines décennies. 

 

* Vous pouvez retrouver ici l’intégralité du webinar organisé par l’ONG Eurogroup for Animals sur la prise en compte du bien-être animal dans la politique commerciale européenne afin de la faire contribuer aux Objectifs de Développement Durable (ODD).

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