Peu de temps après mon arrivée au Parlement européen, j’ai été désignée comme cheffe de file des Verts sur l’accord de commerce et d’investissement entre l’UE et le Vietnam. L’activité autour de ce texte est aussi intense que le sujet est peu couvert par les médias et donc peu connu du grand public. Nous entrons dans la phase critique puisque nous allons négocier des amendements à partir de la semaine prochaine de manière à ce que le Parlement fixe sa position (pour/contre) au début de 2020.

Sur les quelques 400 amendements, j’en ai déposé une centaine. Je ne vais pas rentrer dans les détails, sachez juste que je demande un report du processus de ratification tant qu’un certain nombre de conditions ne sont pas remplies par ce pays dirigé par un parti communiste à la manière d’une dictature oppressive. La condition capitale tient dans une réforme du code pénal et sa mise en conformité avec les normes des Nations Unies. S’il reste inchangé, les réformes (bien nécessaires) du code du travail resteront lettre morte. Pour montrer sa bonne foi, nous exigeons également que le Vietnam libère sans délai les prisonniers politiques (dont le nombre a augmenté de moitié depuis les négociations entamées en 2012 par la Commission européenne !).

Les partisans du traité me rétorquent que c’est à partir du moment où l’accord de commerce et d’investissement entrera en vigueur que la situation s’améliorera. Vu le peu de succès des 8 réunions sur les droits humains entre les deux parties, j’ai de sérieux doutes quant à la crédibilité de ce scénario. D’aucuns – et j’en fais partie – estiment que le levier d’action se situe maintenant, c’est-à-dire avant que le Parlement arrête sa position.

Hier, j’ai été informée de l’arrestation de Pham Chi Dung, un ancien membre du Parti communiste qui est depuis plusieurs années un fervent défenseur des droits humains au Vietnam. Il est aussi le président de l’association des journalistes indépendants qui bataille dans un environnement hostile (selon Reporters sans frontières), le Vietnam est l’un des pires pays au monde sur le plan de la liberté de la presse). Cette nouvelle m’a profondément et doublement choquée.

Tout d’abord, elle survenait quelques heures après que le rapporteur du Parlement sur ce dossier, l’eurosceptique conservateur tchèque, Jan Zahradil (appartenant par ailleurs au même groupe politique que la NV.A) ait débouté ma demande consistant à entendre un représentant des ONG des droits humains à une audition organisée début décembre avec l’OIT et la Chambre du Commerce.

Ensuite, j’ai appris ce matin qu’il y a moins de 2 semaines, Pham Chi Dung avait écrit au Président du Parlement ainsi qu’aux Présidents des commissions du commerce international (l’une de celles où je siège), des affaires étrangères, des droits humains pour les alerter de la détérioration de la situation au Vietnam et d’une attitude plutôt laxiste de la délégation de la Commission européenne sur place à Hanoi. Clairement, Pham Chi Dung venait demander l’aide des élu.e.s de la population européenne et force est de constater qu’il a fait face à une porte fermée.

Je viens donc de m’adresser aux autorités du Parlement Européen et à mes collègues pour demander que le Parlement réagisse fermement et exige la libération immédiate des prisonniers politiques et que le processus de ratification soit mis sur pause tant que cette condition n’est pas respectée et sans une sérieuse réforme du code pénal.

Après tout, cela serait conforme à une résolution du Parlement adoptée il y a tout juste 1 an (résolution sur laquelle – et ceci n’est pas un élément anecdotique – s’était d’ailleurs abstenu le rapporteur, Jan Zahradil, très complaisant à l’égard du Vietnam) et plus encore, à nos valeurs de démocratie, de respect des droits humains et d’État de droit, de solidarité.

À suivre…