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À la frontière croate, des demandeur.euse.s d’asile et des migrant.e.s nous ont dit qu’ielles avaient été passé.e.s à tabac par la police croate et ramené.e.s illégalement à la frontière en Bosnie-Herzégovine… On les a privé.e.s de leur droit d’accès au système d’asile. Avec mes collègues verts au Parlement Européen Tineke Strik et Erik Marquardt, et Simon Moutquin (député fédéral Ecolo) nous sommes parti.e.s en mission d’enquête à la frontière entre Croatie et Bosnie-Herzégovine. Nous sommes revenu.e.s avec la certitude que des violations des droits humains s’y produisent.

 

[Mission en Croatie]

Je reviens de deux jours de mission en Croatie et Bosnie-Herzégovine avec mes collègues européens @TinekeStrik et @ErikMarquardt et fédéraux @SimonMoutquin et @WouterDeVriendt, à la recherche d’informations sur les violences policières à l’égard des migrants et politiques de refoulement illégales, les pushbacks, dont 38% concernent des enfants.
Deux jours ne suffisent pas pour une enquête parlementaire indépendante. Mais deux jours suffisent déjà pour se rendre compte de la complexité de la situation, de réalités de terrain indéniables, pour entendre des témoignages qui confirment les milliers de cas de graves violations des droits humains rapportés par les ONG.

Deux jours qui ne laissent pas indemne.

Je suis choquée du déni dans lequel se complaisent les autorités croates, particulièrement le Ministre de l’intérieur Davor Bozinovic et la Secrétaire d’état Terejiza Gras, face aux nombreuses allégations. Des faits de violence qui seraient selon eux des incidents isolés, affaires classées. Dans ce cas pourquoi s’opposer à notre demande d’enquête indépendante ? Parce qu’il y a déjà le monitoring indépendant est mené par l’UNHCR nous répondent ils. Certes, mais celui-ci ne se penche que sur les dossiers ouverts au sein d’un commissariat de police. Quid des milliers d’autres cas où les personnes franchissant la frontière se sont fait violemment refouler, sans possibilité de demander l’asile ? Des témoignages font état de traitements inhumains et dégradants, de confiscation d’effets personnels et argent, de mise à nu en pleine nature dans le froid, d’affaires personnelles brûlées, de migrants battus, jetés à l’eau et forcés de parcourir des dizaines de km nus et sans chaussures dans le froid. Objectif : les dissuader de recommencer.
Mais le chemin du retour est impossible pour la toute grande majorité d’entre eux qui ont fui des terrains en guerre. Le chemin de l’Europe semble proche et pourtant encore si loin. 70km à parcourir entre la Bosnie-Herzégovine et la Slovénie. Traverser ces quelques km en Croatie, tel un horrible jeux vidéo que les gens nomment d’ailleurs « The Game », pour qualifier cette traversée dangereuse, il faut éviter les mines qui n’ont pas explosé dans la montagne (stigmates de la guerre), les chiens entraînés à la poursuite des migrants, les ours, la police des frontières et ses coups, le froid.
Des enfants, des mineurs non accompagnés sont abandonnés pour le pire, victimes de la cruauté des adultes.
Des femmes sont violées à de multiples reprises sur leur parcours migratoire.
Des hommes sont battus, humiliés par des forces de police.

Le problème est complexe et ne justifie en rien la répression en cours mais nous portons, européens, une part de responsabilité importante. Nos gouvernements se rendent complices de la politique croate qui, à leur demande, protège et sécurise les frontières de l’Union européenne. Certains l’ont même félicitée. La Croatie, en bon soldat désireux de rejoindre l’espace Schengen et de ne pas décevoir, a une conception toute particulière de la manière dont elle doit empêcher les gens d’entrer. Comment est-il possible que nous fermions de la sorte les yeux sur la manière dont les autorités croates assurent cette sécurisation ? Au prix de graves violations des droits humains, du droit européen et des conventions internationales sur le droit à l’asile. Nos gouvernements se gardent bien de critiquer une situation qu’ils n’ont pas à gérer eux-mêmes, en cela ils se rendent complices de ces violations.

Nous revenons à Bruxelles en demandant d’urgence un monitoring indépendant des droits humains, en donnant les moyens à l’UNHCR d’étendre ses recherches et à l’ombudswoman Lora Vidovic (véritable rencontre coup de cœur de cette mission !) de faire son travail de manière indépendante en lui assurant l’accès à toutes les informations. Ce monitoring des droits humains doit être mené d’urgence dans le cadre de l’accession de la Croatie à l’espace Schengen.

Les ONG réalisent un travail de terrain incroyable mais l’aide humanitaire en Bosnie-Herzégovine doit être renforcée pour assurer l’hébergement des migrant.e.s et la conciliation de leur présence avec la population locale. Celle-ci est encore marquée par la guerre et les réalités qu’elle implique, dont celle d’être réfugié. On trouve en Croatie et en Bosnie-Herzégovine la même solidarité citoyenne qu’en Belgique. Mais pour combien de temps encore, la situation temporaire ne peut devenir définitive.

Pour ça, c’est la politique d’asile et de migration européenne qui doit être revue de A à Z. Le groupe des Verts publiera très prochainement sa position, nous attendons celle de la Commission européenne et espérons que cette fois les Etats membres ne seront pas à nouveau source de blocages d’une politique humaine, solidaire, légale, basée sur les droits humains, des voies sûres et légales d’accès à l’UE pour mettre fin au traffic d’êtres humains, une répartition équitable et solidaire des demandes d’asile au sein de l’UE pour soulager les pays qui contrôlent les frontières extérieures de l’UE et envisager les migrations avec plus de sérénité.

Voulons-nous toutes et tous réellement lutter contre le trafic des êtres humains ? Contre l’extrême droite et le populisme ? Contre l’inhumanité croissante ? Et bien attelons-nous rapidement à ces réformes et à une libre circulation plus harmonieuse.

Lire le communiqué d’Ecolo

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