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« Bande de menteurs ! » C’était à peu de choses près ainsi que nous qualifiaient la Commissaire au Commerce et son équipe qui avaient négocié le CETA. Parmi les critiques que nous (et une grande partie de la société civile) adressions au CETA, se trouvait la crainte de voir l’arrivée en Europe de boeufs à la croissance dopée par l’injection d’hormones alors que les hormones de croissance sont interdites dans l’UE depuis 1988, une interdiction renforcée par une directive de 1996.
Il y a quelques jours, des ONGs déterraient un rapport d’audit de la Direction Générale Santé de la Commission européenne faisant état d’un dysfonctionnement systémique du côté canadien : conflits d’intérêts des vétérinaires payés par les entreprises qu’ils sont censés contrôler, non-respect de précédentes recommandations européennes, problème de traçabilité de la viande en raison de documents obsolètes, incomplets ou erronés… Seule une entreprise sur trois qui a fait l’objet d’une visite de contrôle est en règle.
Du boeuf aux hormones dans les assiettes des consommateur.trice.s européen.ne.s ? Ce n’est pas à exclure ! Mais où et en quelle quantité ? … Alors que la Commission célèbre en grande pompe les 3 ans de l’entrée en vigueur provisoire du CETA, ce n’est guère rassurant de voir que non, les normes européennes ne sont pas garanties.
Si de tels ennuis se posent avec le Canada, que dire alors du bœuf issu des pays du Mercosur qui risque de poser des problèmes similaires ? Voire pire : l’accord négocié avec l’UE prévoit en effet une réduction des contrôles et prévoit aussi que les contrôles seront annoncés (ce qui laissera le temps aux entreprises visitées de se mettre en ordre avant la visite des inspecteurs).
En tant que membre du « Comité de suivi du CETA » au Parlement européen, j’ai demandé que ce point soit soulevé à l’occasion de notre réunion périodique et que les représentants de la Commission viennent s’expliquer. La réunion qui devait se tenir la semaine dernière a été annulée la veille… Mais, je n’en démords pas : il faudra établir la clarté sur le sujet.
Entre-temps, à l’occasion d’un rapport sur le commerce international (qui sera voté cette semaine), j’ai déposé un amendement demandant la suspension illico des importations de bœuf canadien tant qu’un nouveau rapport ne certifie pas que le Canada se conforme à ses obligations.
Je demande aussi à la Commission qu’elle passe au crible les autres accords commerciaux pour vérifier que les dispositions censées garantir nos normes de sécurité alimentaire (« sanitaires et phytosanitaires » dans le jargon) sont bel et bien respectées. J’ai également co-signé une question déposée par mon collègue français Yannick Jadot allant en ce sens et demandant que les rayons des supermarchés et autres soient débarrassés de cette viande interdite.
Pour rappel, le CETA n’a toujours pas été ratifié par tous les États membres. Mais une partie de l’accord est déjà en vigueur. Seuls 14 pays sont passés à l’acte. Le parlement chypriote l’a même rejeté le 31 juillet (dans un vote non contraignant pour son gouvernement) pour une sombre histoire d’halloumi… Tandis qu’en France ou aux Pays-Bas, il continue à susciter pas mal de remous qui portent davantage sur le fond de l’accord. Tout comme en Belgique d’ailleurs.
Affaire à suivre.
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