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Vous avez été nombreux.ses à m’interpeller sur les abeilles et plus précisément sur l’actualité européenne concernant leur protection des effets des pesticides. Il s’agit d’une véritable saga qui dure depuis plus de dix ans et qui n’est toujours pas close. Je vous propose de plonger 10 ans en arrière pour mieux comprendre…

 

Retour sur un bel espoir

Nous sommes en 2009 et nous pensons tou.te.s avoir enregistré une belle victoire pour la famille verte avec un Règlement Européen qui déterminait un cadre de protection pour les abeilles (et d’autres pollinisateurs) qui sont exposés à des pesticides (et autres substances actives). Ce Règlement spécifiait que l’autorisation de ces produits ne pouvait découler que d’une « évaluation des risques appropriée ».

Cette évaluation devait permettre d’examiner tout particulièrement si les abeilles n’étaient exposées que de façon négligeable et pas de manière chronique aux pesticides. Tout cela pour que la survie et le développement des colonies ne puissent pas être menacés. Le texte allait même plus loin ! Il indiquait que les produits utilisés pour la protection des plantes et des cultures ne pourraient pas exercer un impact négatif sur les espèces que ces produits ne ciblent pas directement, ni affecter la biodiversité ou les écosystèmes. Bingo !

Quatre ans plus tard, à la demande de la Commission et en application de ce règlement, l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) développait une nouvelle méthodologie pour évaluer de manière plus adéquate les risques. Cette méthodologie s’est appliquée à l’évaluation de trois « néonicotinoïdes » et fut décisive pour que des restrictions additionnelles soient posées à leur utilisation. En tant que Verts, nous souhaitions leur interdiction pure et simple, mais il ne fallait pas négliger ce pas dans la bonne direction.

Coup dur pour les abeilles

Malheureusement, un certain nombre d’États membres se sont montrés réticents à l’application de cette méthodologie. Ils nous expliquent qu’elle pourrait porter atteinte à la « production et commercialisation de certains produits ». Et c’est pour cette raison que la Commission a demandé à l’EFSA de modifier la méthodologie…

Retour en arrière sur retour en arrière : l’évaluation des effets chroniques potentiels sur les abeilles mellifères est également repoussée à plus tard. Et comble, les risques pour les abeilles sauvages sont complètement ignorés, également par manque de méthodologie agréée.

Nous sommes aujourd’hui dix ans après l’entrée en vigueur du règlement de 2009 et celui-ci n’est en réalité toujours pas appliqué. Cette situation est intolérable et contraire au règlement. On sait par ailleurs qu’un règlement de 2013 (sur les exigences en matière de données applicables aux substances actives) insiste sur la prise en compte des effets chroniques et sur les larves notamment : absurde et terriblement dommageable.

Où en sommes-nous maintenant ?

La Commission ne veut pas engager de bras de fer avec les pays récalcitrants et préfère « temporiser ». C’est un peu difficile à comprendre. En effet, si de telles dispositions figurent dans les règlements de 2009 et de 2013, c’est bien parce que les législateurs – c’est à dire le Parlement Européen et les États membres – en ont voulu ainsi.

Les Écologistes ont saisi le Commissaire compétent pour qu’il reprenne les choses en main et agisse pour surmonter le mutisme de certains pays*. Et si ses derniers jours à la Commission ne lui permettent pas de faire amende honorable et de convaincre les États membres, sa successeure, la chyptriote Stella Kyriakides sera soumise au feu des questions des eurodéputé.e.s qui ne manqueront pas d’insister sur l’urgence de protéger correctement les abeilles. Il lui appartiendra de mettre en œuvre un changement de cap.

Bref, cette saga n’est pas terminée mais nous continuerons à mettre la pression là où nous sommes présents pour enfin protéger les abeilles et autres pollinisateurs dont nous dépendons tous in fine.

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*Le Parlement européen n’a en tant qu’institution européenne, pas voix au chapitre dans ce contexte. Il ne s’agit pas de réviser ou de valider une proposition législative alors que ce sont des « circulaires » qui sont au cœur du problème.

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